Une relation en suspend

Publié le par Alison

Ce mot raisonne encore dans ma tête. Nous sommes vendredi 03 octobre et ce soir mon portable sonne. Il est 18h44. A l'autre bout du fil mon grand frère à qui je n'ai pas parlé depuis presque trois mois. La dernière fois que nous nous sommes vus, cela faisait plus de deux ans et demis que nous nous étions pas parlé. Beaucoup de temps s'est écoulé à son dépend. Des rapports frère et soeur compliqués et plus que tendus. Parfois nos routes se croisaient, sans que nous nous arrêtions. Depuis ce repas, nos regards accusaient le temps sans aller dans la même direction. Et moi j'attendais qu'il fasse le premier pas.

Car tout a commencé un peu avant le divorce de mes parents. Il n'avait plus de temps pour moi, ne s'intéressait plus à moi et me laissait souffrir dans mon coin. Il ne comprenait pas ma peine et ne voulait pas la partager non plus. Nos échanges se résumaient à de rares appels et de courts moments. Et jamais aucune occasion de saisie pour en avoir plus. Ainsi pendant plusieurs longs mois, et quelques années nous avons fait comme si de rien était jusqu'à ce qu'une discussion de plus émerge et qu'elle soit de trop. Encore des paroles blessantes de sa part et ce fut la coupure nette.

Et puis nos vies de jeunes adultes se mettaient en place et avec elles encore plus de distance s'installait entre nous. De quoi faire le relais. Après avoir tant espérer, tant parler à ce sujet et m'être expliquer avec ma mère à plusieurs reprises, je ne voulais plus d'excuses. Le mal avait été suffisament fait pour remettre cette histoire en avant. Son comportement ne changerait pas et ce que j'en pensais non plus. Ma décision était définitive.

J'avais besoin de me reconstruire, en m'éloignant de plus en plus de lui s'il le fallait pour retrouver un bien être synonyme de bonheur. Il ne saura jamais ce que j'ai vécu, ne comprendra jamais pourquoi il m'a fait autant de mal, et il ne saura jamais combien de fois j'ai pleurer en repensant à cette situation et je sais qu'il n'acceptera jamais certaines choses. Certaines blessures sont indélébiles. On ne peut pas tout effacer et recommencer au début. Pas quand ça touche de si près.

Aujourd'hui, c'est la deuxième fois qu'il revient vers moi. Déjà ou plutôt enfin ? Depuis tout ce temps. Je mesure chacun de ses gestes et j'essaie de les apprécier à leur juste valeur. Le temps perdu ne pourra pas être rattrapé. Nous ne pouvons pas revenir en arrière et je ne sais pas faire semblant. J'ai continué mon chemin sans lui, sans qu'il me le montre et sans qu'il me guide sur cette nouvelle route. Nous nous sommes éloignés et il ne représente plus un frère à mes yeux ni dans mon coeur. Nos vies sont à présent différentes tout comme nos points de vue qui eux l'ont toujours été malgré ce qu'on veut me faire croire. Ce qui auraient pu nous unir nous a encore plus écartés l'un de l'autre. Certains évènements dans le passé,  mais aussi et surtout certaines personnes. Il en est ainsi. Je ne connais plus rien de lui, il ne sait plus rien de moi. Je ne sais pas ce qu'il devient, il ne sait pas qui je deviens. Je construis mon histoire comme s'il n'existait pas.

Et pourtant la phrase qu'il a prononcé me fait quelque chose. Et pourtant j'y repense encore. Sans pour autant arriver à en parler plus que ça. Parfois je voudrai, mais je n'ai plus les mots pour le dire, plus les idées... Et je trouve que c'est bien que je n'arrive plus à parler de ce passé qui m'a tant détruite, c'est peut-être un bon début. Je ne ressens plus le besoin de m'exprimer là-dessus et ça s'apprécie, même si on pourrait avoir l'impression que ce sont des regrets. C'est peut-être parce que quand on a perdu sa famille on est un peu habituée à ne plus avoir personne autour de soir de ce côté là, et on ne cherche plus. Alors quand ça se passe, on est capable de prendre ce qui se présente à soi sans aller plus loin dans l'analyse. Sans vouloir transformé ces évènements, mais juste en les ressentant comme tel.

Alors puisqu'il me le demande, et puisqu'il fait un effort, je veux bien réapprendre à être cette soeur qui lui a peut-être manqué à condition qu'il y ait une personne en face de moi pour être un peu là, parfois. Je veux bien essayer de vivre ce qu'il me propose. Je veux bien accueillir cet enfant, ce petit neveu ou cette petite nièce pour que peut-être ce qui a été amorcé se poursuive si cela est encore possible. Construire notre famille ensemble et faire que ces liens-là nous rapproche un peu ou rester chacun à l'écart de l'autre si cela ne peut pas être autrement.

Je vais être tatie pour la première fois et je vous avoue que ça me touche. C'est toujours quand je m'y attend plus que des liens réapparaissent pour quelques temps avant de repartir par là où ils sont venus. Une bonne surprise mais est-ce une bonne nouvelle ? Je ne sais pas. Il faut peut-être pas trop s'emballer et laisser passer les quelques mois qui reste avant la naissance... Il faut peut-être attendre de voir ce que ça donne avant de se faire de faux espoirs. Il faut peut-être oublier un peu l'importance de cette annonce, pour ne pas trop en attendre. Il faut surtout éviter d'être déçue une nouvelle fois. Au final, plus j'y repense au fur et à mesure que de nouveaux éléments se présentent, et plus je me demande s'il  ne m'a pas appelé par obligation, juste. Je ne sais plus quoi en penser de tout ça.

Publié dans Mon Quotidien

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élise 11/10/2008 11:06

J'ai décidé de retenir le positif (ça fera moins chieuse par rapport à hier): tu vas quand même être tatie !Je suis contente qu'il t'ait informé, c'était peut être pas évident non plus de te l'annoncer.Ca va peut être rien changer ou ça va changer, on verra bien ;)